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Le cancer, nouvelle gangrène des pays en développement

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) lance un nouveau signal d’alarme. Sida ? Ebola ? Paludisme ? Non, le cancer, autrefois considéré comme la maladie des riches. Or, plus de 60°% des cas de cancer sont en Afrique, en Asie et en Amérique Centrale et du Sud. Pire encore, plus des deux tiers des décès dus au cancer sont recensés dans les pays en développement. Absence de prévention, détection tardive, cruel manque de professionnels, infrastructures inexistantes ou obsolètes, augmentation de l’espérance de vie…, le cancer est le nouveau fléau du continent africain. En 2012, l’OMS estime que l’Afrique concentre 645.000 nouveaux cas, dont 456.000 mortels.

 Des morts évitables

L’Organisation internationale l’affirme : de nombreux décès dus au cancer pourraient être évités notamment en Afrique. Un exemple : le cancer de la rétine se guérit à 100 % en France mais seulement à 20 % en Afrique subsaharienne. L’OMS pointe du doigt le manque d’investissements des pays africains dans leur système de santé. Pourtant, en 2001, les États d’Afrique s’étaient engagés à consacrer 15 % de leur PIB dans la santé dans la Déclaration d’Abuja. La réalité est toute autre. Seuls 3 % sont destinés principalement à la lutte contre le sida, Ebola et le paludisme. Le reste doit attendre aux yeux des dirigeants… au risque de mépriser une menace de plus en plus présente. Le cancer n’est clairement pas la priorité des politiques africaines. Pour preuve, le nombre d’oncologues : au Mali, pour 16 millions de potentiels patients, seuls deux oncologues sont disponibles. Autre exemple : le cancer du col de l’utérus, qui est le quatrième cancer le plus fréquent chez les femmes, surtout en Afrique subsaharienne. Sur 100.000 femmes, 34.8 femmes sont touchées par ce cancer. Deux tiers de ces malades (65 %) meurent, alors que 26 % des malades en Amérique du Nord meurent du même cancer. Aberrant quand on sait que le vaccin contre le VPH est peu coûteux. Le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) souligne néanmoins que se concentrer uniquement sur les traitements sera insuffisant.

 Un fardeau financier qui poussera les gouvernements à agir ?

Le développement du mode de vie à l’occidentale explique en partie l’accroissement spectaculaire du nombre de cas de cancer dans les pays en développement jusque-là épargnés – les populations africaines avaient en gros une espérance de vie trop courte pour être atteinte par ce mal. L’OMS a publié dernièrement des chiffres inquiétants : en 2012, 14 millions de nouveaux cas et 8.2 millions de morts ont été enregistrés. Les nouveaux cas devraient augmenter de 70 % d’ici 2030, principalement à cause du tabagisme, qui est responsable de 20 % de la mortalité due au cancer. La consommation d’alcool et la sédentarité (obésité) représentent également une part non négligeable des causes. De quoi inquiéter les pouvoirs publics qui devront gérer les coûts exorbitants des frais engendrés par le cancer. Le coût annuel était estimé à environ1.16 billion de dollars en 2010. L’absence de plan anti- cancer dans certaines régions du globe est d’autant plus incompréhensible que la moitié des cancers est évitable.

Stéphanie DEMANDRILLE

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