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Bientôt des feux tricolores sur les étiquettes alimentaires ?

La malbouffe est un fléau dans les sociétés développées telles que la nôtre. Si bien que certaines écoles maternelles et primaires distribuent en début d’année scolaire une communication aux parents d’élèves leur indiquant quel goûter donner : une compote et un gâteau ou un bout de pain. D’ailleurs, j’ai moi-même reçu ce type de « mot » de la part de l’institutrice de mon enfant, qui a fait son entrée en petite section de maternelle. Surprise, je réponds à la maîtresse que les parents savent qu’il ne faut pas donner des chips à quatre heures. L’institutrice me rétorque alors que chaque année il y a un certain nombre de parents qui donnent des chips ou des aliments trop sucrés comme des barres chocolatées. Dans ces conditions, je ne peux que m’incliner. Et de m’interroger sur notre société. Société dans laquelle des professeurs, des hommes politiques, doivent aujourd’hui endosser la blouse de nutritionniste. Voilà le contexte.

Le gouvernement, éducateur du bon (sain) goût

Dans le cadre de l’examen de projet de loi sur la santé qui a débuté le 31 mars dernier à l’Assemblée Nationale, le gouvernement français souhaiterait faire adapter un code couleurs sur les étiquettes alimentaires. Dans quel but ? Il s’agit avant tout de permettre aux consommateurs de repérer d’un coup d’œil les aliments sains et les aliments trop gras, trop salés ou trop sucrés. Une manière de plus de nous éduquer, nous consommateurs, contre la malbouffe. L’idée est noble au premier abord. Certains peuvent toutefois y voir une infantilisation des consommateurs. Et en venir à se demander pourquoi les gouvernants jugent utiles de s’introduire dans les habitudes alimentaires des Français. Les Français sont-ils si irresponsables ? La réponse est à trouver une nouvelle fois du côté des comptes publics : la santé coûte cher. Plus précisément, le traitement des maladies telles que l’obésité et les maladies cardiovasculaires, dues aux mauvaises habitudes alimentaires, coûte cher, trop cher. Rouge pour les fromages, vert pour les légumes, jaune pour les aliments entre les deux… C’est le code envisagé par Madame Marisol Touraine, Ministre de la Santé… sans la moindre concertation avec les industriels, comme le rappelle l’Association nationale des industries alimentaires.

Qu’est-ce qu’on attend ?

Éduquer les citoyens à une alimentation équilibrée, voilà le sens du code couleurs proposé dès la fin 2013 par le Professeur Serge Hercberg, Président du programme national nutrition santé : il était question de cinq pastilles de couleurs différentes allant du vert (A – équilibré) au rouge (E – produit trop gras, trop salé ou trop sucré). L’idée n’est pas neuve. En 2010, les eurodéputés avaient rejeté une proposition similaire, sur le modèle des feux tricolores à la britannique qui faisaient déjà ses preuves. Étonnant de la part de l’Union européenne, généralement soucieuse du bien-être des citoyens européens. Les industriels martèlent depuis des années leurs profondes réticences quant à la mise en place d’un tel code couleurs. Selon eux, ce code ne prend pas en compte la quantité consommée, le moment de consommation, la fréquence de consommation ni les associations d’aliments. Des réticences qui sont d’autant plus incompréhensibles qu’au Royaume-Uni, un tel code a encouragé les fabricants des plats préparés à modifier les recettes pour les rendre plus équilibrés. Pas sûr que la réussite de nos voisins pousse les députés français à adopter les feux tricolores sur les étiquettes de nos paquets de gâteaux*.

*UFC Que choisir a sorti un dossier sur la question du code couleurs sur les étiquettes alimentaires. Les BN au chocolat seraient marqués de rouge, tandis que les céréales Spécial K de Kellogg’s, qui se targuent d’être équilibrées, seraient orange.

Stéphanie DEMANDRILLE

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