in ,

Des pistes pour réformer le milieu carcéral français

Le conflit dans le milieu carcéral français qui dure depuis le 11 janvier dernier ne semble pas devoir s’éteindre, s’il ne fait pas l’objet de transformations profondes. C’est vraisemblablement le seul moyen pour calmer la colère de surveillants de prison qui rejettent les propositions du gouvernement pour apaiser le conflit, propositions qu’ils qualifient de « mesurettes ».

En effet, les gardiens de prison estiment exercer une profession dangereuse, mal rémunérée et pas suffisamment reconnue, et ils dénoncent surtout la surpopulation carcérale chronique pour laquelle aucune solution n’est apportée. Pour y remédier, ils demandent des revalorisations de salaires, ainsi qu’une hausse des primes de nuit ou de pénibilité de leur profession. Ils exigent également du gouvernement des propositions concrètes visant à assurer la sécurité du personnel pénitentiaire, de même que le renforcement des effectifs grâce à la création d’emplois supplémentaires.

Il convient de rappeler que les failles du système carcéral français ont souvent été dénoncées et ont même fait l’objet de condamnations à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH). De même, l’Observatoire international des prisons a alerté la justice européenne sur le dossier de la surpopulation carcérale dans les prisons françaises. Et cette instance a fait quelques propositions, au nombre de quatre, pour réformer les prisons et le métier des surveillants :

Revaloriser le métier de gardien de prison. 2018 devrait voir le recrutement de 1.500 gardiens de prison, mais l’administration pénitentiaire a du mal à recruter : 70 % des personnes inscrites pour passer le concours la semaine dernière ne se sont pas présentées. Ce qui permet de dire aux syndicats que ce métier doit faire l’objet d’une réforme profonde pour le rendre plus attractif (conditions de travail, salaires…).

Sécuriser le métier face aux détenus radicalisés. Actuellement, les détenus incarcérés pour terrorisme passent par un quartier spécial au sein duquel ils restent quatre mois en observation. À l’issue de cette période, ou ils sont mis à l’isolement, ou ils retournent en détention classique. Le problème est qu’en France, il n’y a en tout que trois quartiers spéciaux, ce qui est bien sûr notoirement insuffisant Les syndicats demandent au gouvernement de remédier à ce problème de toute urgence.

Rénovation des prisons. Si l’on prend entre autres l’exemple de la prison de Fresnes, l’état de cet établissement pénitentiaire a été jugé « indigne de la France » par deux sénateurs qui y ont effectué une visite surprise au début de l’année. En effet, dans cette prison, on recense 2.500 détenus, soit un taux d’occupation de 200 %  par rapport à sa capacité d’accueil normale. Outre la vétusté des lieux, certaines cellules exiguës sont occupées par trois détenus. Des avocats de détenus ont saisi la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) à ce sujet.

Lutter contre la surpopulation carcérale. C’est vraisemblablement le problème majeur du milieu carcéral français, à l’origine des revendications de surveillants pour dénoncer les problèmes qu’ils rencontrent au quotidien. Emmanuel Macron s’est engagé à créer 15.000 places supplémentaires de prison.

Toutefois pour lutter contre ce problème, d’autres alternatives à la prison peuvent être envisagées : par exemple, des peines aménagées pour certains détenus pour lutter contre la récidive, ou des peines alternatives à l’incarcération.

Il appartient à la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, d’engager une réforme en profondeur du système carcéral et judiciaire français, et ce afin de répondre à la colère des surveillants de prison. Elle devrait présenter « un plan pénitentiaire global » d’ici fin février 2018.

 

Joscelyne Houssé

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce fou essaie de sauter en parachute depuis le balcon de son immeuble

Et si Tom Hanks était l’homme le plus sympa du monde?