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La liaison transalpine au cœur d’une nouvelle tourmente

Un nouveau coup de frein. Le projet Lyon-Turin est dans le collimateur de l’Office européen antifraude, l’OLAF. Le gendarme européen contre les fraudes vient d’ouvrir une enquête sur cette ligne à grande vitesse, sur la base de documents fournis par les eurodéputées écologistes françaises, Mmes Karima Delli et Michèle Rivasi. Lien avec la mafia calabraise, fraudes, irrégularités, ce projet est controversé. Les eurodéputées françaises dénoncent des liens supposés de deux entreprises italiennes avec la mafia, ainsi que des coûts incohérents dans l’achat d’équipements informatiques du côté italien. Hubert Du Mesnil, Président de Lyon Turin Ferroviaire, maître d’ouvrage du projet, dénonce des « accusations infondées ». Il réfute les accusations de conflits d’intérêts en France dans les marchés publics et les irrégularités dans les appels d’offres.

 Un financement européen remis en cause ?

Le projet Lyon-Turin, qui prévoit un trajet de deux heures et qui doit permettre d’améliorer les capacités du fret de marchandises, a été classé parmi les grands projets d’infrastructure de transports en Europe. De quoi lui permettre de bénéficier de deniers européens, piochés dans le Mécanisme d’interconnexion européen (MIE), qui détient un enveloppe de 23,2 milliards € sur la période 2014-2020. D’ailleurs, si le projet est maintenu, le co-financement européen sera à hauteur de 15 % du budget du MIE. Une somme non négligeable, d’où une certaine inquiétude quant à l’ouverture de l’enquête de l’OLAF, qui risque de décourager l’Europe, gros financeur potentiel. L’exécutif européen a déjà financé 50 % des études préparatoires au projet (environ 450 millions €), études par ailleurs contestées par les écologistes pour manque d’indépendance.

 Mauvais timing…

D’autant plus que la France et l’Italie doivent déposer d’ici le 26 février prochain auprès des services de la Commission européenne une demande de financement. Paris et Rome souhaitent que l’UE finance 40 % des 8,5 milliards € de la seule construction du tunnel de cinquante sept kilomètres, soit la modique somme de 3,4 milliards €. La France mettrait la main au portefeuille à hauteur de 2,2 milliards € : la Cour des Comptes a, par le passé, rappelé que ce financement n’était pas assuré dans les budgets de l’État. L’Italie paierait 2,9 milliards €. Le projet ferroviaire fait déjà la une des journaux turinois puisque l’écrivain italien, Erri De Luca, est accusé d’incitation au sabotage des travaux. La justice a condamné quarante sept opposants au chantier ferroviaire le mardi 3 février avec des peines de prison suite à des heurts avec la police italienne. L’OLAF a six mois pour rendre ses conclusions sur une éventuelle mauvaise utilisation des deniers européens. Le temps de faire oublier un début d’année noire pour ce projet de ligne à grande vitesse ?

Chronologie

 18 octobre 1991 : Sommet franco-italien de Viterbe. Lancement par Giulio Andreotti et François Mitterrand d’une étude de faisabilité détaillée pour la création d’une nouvelle ligne ferroviaire entre Lyon et Turin (NLTL)

 12 octobre 1994 : Conseil européen d’Essen : la NLTL est inscrite parmi les 14 projets prioritaires du Réseau trans-européen de transports (RTE-T)

 3 octobre 2001 : Constitution de Lyon Turin ferroviaire SAS, filiale à parité égale avec Réseau Ferré de France et Rete Ferroviaria Italiana

 18 décembre 2007 : Déclaration d’Utilité Publique (DUP) de la section transfrontalière

 30 janvier 2012 : Accord de Rome : les engagements financiers sont précisés

 1er septembre 2014- 26 février 2015 : la Commission européenne lance un appel à propositions RTE-T dans le cadre du MIE

 5 avril 2015 : signature pour la construction du premier tronçon transfrontalier (galerie de 9 kms au pied de Saint Martin La Porte, en direction de l’Italie)

 Eté 2015 : Projets retenus dans le MIE dévoilés

 1er janvier 2028 : Mise en service potentielle du Lyon-Turin

 

Stéphanie DEMANDRILLE

 

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